Quand l’art social se conjugue avec une saine curiosité pour les arts numériques et une fierté communautaire...

Fort du succès remporté l’an dernier dans trois communautés francophones de l’Ontario avec son projet « Autoportraits des communautés franco-ontariennes » financé par le ministère du Patrimoine canadien, le Front des réalisateurs indépendants du Canada (FRIC) a décidé de le reconduire cette année, au Muséoparc Vanier d’Ottawa, à l’École secondaire catholique d’Embrun et à Sudbury.

Ce projet novateur, véritable forme d’art social a pour but de mettre en relation un réalisateur professionnel avec des adultes ou des jeunes issus d’une communauté franco-ontarienne afin qu’ils créent ensemble un documentaire de 3 à 5 minutes mettant en lumière la richesse et le dynamisme culturel et social de leur communauté.

Un pari fou auquel le réalisateur franco-ontarien André R. Lavoie revenu au pays depuis seulement un an n’a pas pu résister tant, le concept lui semblait exaltant ! Enthousiaste à l’idée de pouvoir partager son langage artistique et son savoir-faire, fruit d’une quarantaine d’années d’expérience, il a décidé d’apporter son concours à la réalisation de trois des quatre « cartes de visite audiovisuelles ». Sa volonté était avant tout de faire naitre un fort « liant » communautaire et une vraie fierté chez les participants du travail accompli.

S’il est vrai qu’André R. Lavoie ne savait pas vraiment à quoi s’attendre en se lançant dans cette aventure, il s’est très vite rendu compte que chaque projet était unique et demandait de sa part une bonne dose d’adaptabilité, de résilience et de générosité.

Il va sans dire que ces pratiques in situ s’appliquent différemment selon les connaissances et la motivation des participants, le sujet retenu et bien évidemment les lieux de tournage. Deux autres contraintes allaient également faire leur apparition ; le temps alloué et la disponibilité des participants impliquant nécessairement des ajustements et certains choix pour le réalisateur et son équipe technique.

« Cette expérience a été très enrichissante pour moi. J’ai pu observer et suivre pas à pas le travail de professionnels et ainsi mieux comprendre leur démarche. Cela m’a conforté dans ma pratique de vidéaste et d’intervieweur. J’ai aussi appris des astuces très utiles et j’ai pu me rendre compte de l’importance du rythme, de la respiration, et des silences lors d’entrevue ».

Denis Bertrand
Participant

Se confronter à la réalité du terrain...

Dès le début, André R. Lavoie a cherché à se placer dans une démarche inclusive favorisant les échanges et la rencontre pour que le plus grand nombre participe, à sa manière, au projet. Si la médiation culturelle demande la création d’un contenu cohérent, cela va bien évidemment de pair avec une cohérence au sein même du groupe de travail. Il était donc primordial de privilégier la communication puisqu’il s’agissait de réaliser un travail collaboratif.

Pour chaque groupe de participants, André R. Lavoie commençait toujours par une petite introduction à l’histoire du cinéma et du documentaire afin de mettre en contexte le travail qui allait se dérouler au cours des prochains jours. Une formation plus technique suivait avec une initiation aux notions de base de l’utilisation de la caméra, la lumière, les techniques d’entrevue et l’importance de la captation sonore lors de ces dernières.

Venait ensuite l’heure de l’identification du sujet et des différentes manières de l’aborder, ce qui ressemble beaucoup à ce que l’on appelle communément la phase de préparation. Chaque groupe a également été invité à assumer diverses responsabilités, dont celle de recherchiste, afin de trouver les intervenants les plus pertinents, les meilleurs lieux de tournages et le piétage déjà existant.

Le réalisateur et les techniciens avaient pour rôle de seconder les participants dans les aspects plus techniques du projet (préparation du matériel, caméra, gestion du temps, etc.). Durant le tournage des entrevues, ils se sont tous employés activement à démystifier l’usage de la caméra, la captation sonore, l’éclairage, les mouvements de caméra et les différents plans.Rompu aux techniques d’entrevue, André R. Lavoie les a généreusement initiés à sa méthode qui consiste à laisser les intervenants livrer les informations recherchées et à ensuite « tricoter » autour des réponses pour obtenir le MOMENT. Celui que tout bon réalisateur recherche avec avidité. Ce fameux moment fugace où l’individu se livre sans retenue, où l’émotion passe, où il devient plus grand que nature, où il décide de totalement lâcher prise et où les silences deviennent souvent paroles.

 

 

 

 

Suite aux entrevues, les participants pouvaient, s’ils le désiraient, partir tourner avec le caméraman du piétage supplémentaire illustrant les propos des intervenants. Un matériel qui se révèlera précieux lors de la phase de montage.

Enfin, de retour dans leur quartier général, les participants visionnaient les entrevues et devaient choisir 4 à 5 moments forts. André R. Lavoie insistait alors sur l’importance de la construction d’une trame narrative et les invitait à en développer une avec lui à partir des moments collégialement retenus par le groupe.

Le monteur professionnel et le réalisateur prenaient ensuite le relais pour donner vie à ce que serait l’œuvre finale.

Une expérience très concluante…

Interrogé par nos soins, Denis Bertrand, un des participants de Sudbury nous confiait :
« Cette expérience a été très enrichissante pour moi. J’ai pu observer et suivre pas à pas le travail de professionnels et ainsi mieux comprendre leur démarche. Cela m’a conforté dans ma pratique de vidéaste et d’intervieweur. J’ai aussi appris des astuces très utiles et j’ai pu me rendre compte de l’importance du rythme, de la respiration, et des silences lors d’entrevue ».

Pour André R. Lavoie, le pari est donc réussi ! Malgré les nombreux défis auxquels il a dû faire face, il se dit heureux d’avoir pu aiguiser la curiosité des différents participants pour le documentaire et/ou la fiction. Il est convaincu que cette expérience a suscité chez eux l’envie de recommencer l’aventure et pourquoi pas, de faire quelque chose de semblable à leur échelle.

À la lumière de ce petit texte vous aurez compris qu’avec la création de ces trois « Autoportraits », il ne s’agit pas seulement de donner un accès privilégié aux arts numériques, mais bel et bien de provoquer un réel échange entre un réalisateur, son équipe technique et des citoyens franco-ontariens devenus, le temps d’un tournage, autant acteurs que spectateurs.