« Souvent le Dernier des Franco-ontariens a l’impression qu’il vit sa vie comme dans un film. Le présent, l’avenir et le passé à la fois. »

Ce film, il a pris corps, il y a vingt ans. Entre les Timbits, les rencontres avec les producteurs (Nunacom et l’ONF), et les versions de scénarios.

« Schizophrénie, schizophrénie is what we be ! »

Marie Cadieux et Jean Marc Larivière opposent à la disparition annoncée d’une minorité, un acte de foi : la capacité de cette minorité, par delà le doute corrosif qui la mine de tout temps et de toute part, grâce à ce doute même, de survivre à la fragilité.

Des images surgissent alors :
Ottawa, Sudbury, Fauquier,
trois ponts,
un recueil de poésie,
Pierre Albert, un Franco-ontarien révolté.

De tout cela, un film fou prend forme.
Un documentaire imaginaire,
la fiction réimaginée,
un dernier show pour ne pas mourir.

« Le doute est un diable bienfaisant » proclame le spectre,
poussière d’André Paiement, porté dans le corps intense de Marcel Aymar.

Pour ceux qui nous prédisent la disparition, et pour les enfants de nos petits-enfants, nous nous acharnons à créer une œuvre performance en pied de nez.

Pour camion de production, une station wagon démesurée archibondée.
Pour décor, un chemin de fer, un clocher, une cheminée archéologique, une montagne de slague, des montagnes de copeaux de bois.

Une première dans l’histoire des prix Gémeaux : un documentaire mis en nomination pour la meilleure direction photo en compagnie de quatre longs métrages de fiction pour le franco-manitobain Charles Lavack.

« Quelle stupidité de penser que d’être moins grand en nombre influe sur la qualité de ce que peut être cette différence du nombre ! » de crier Pierre Raphaël Pelletier de sa chaire rocheuse, tandis que Pierre Albert monte un escalier qui gratte le ciel mais ne mène nulle part.

Ironie : TFO, le diffuseur officiel, pense la même chose de notre film.

En parallèle, une belle-sœur franco-ontarienne quasi analphabète après avoir visionné Le dernier des Franco-ontariens nous dit: « J’ai pas tout compris, mais ça m’a donné le goût de comprendre ».

Le critique, François Paré, planté sur un barrage sur le point de rompre, interroge le spectateur et le lecteur :

« …dans notre civilisation aujourd’hui, on est prêt à mettre des millions de dollars et à conscientiser les gens pour la disparition d’une sorte d’insecte, mais quand une culture disparaît, elle disparaît dans l’indifférence la plus complète. »

La femme du Dernier des Franco-ontariens étend sa lessive et confie :
« Strangely, it was then I started paying attention. On the streets, in the stores, comme si j’avais changé de paires de yeux. Ça m’a permis de voir ceux et celles qu’on ne voit jamais. Et je ne voyais plus qu’eux. »

Le magasin général, le garage, la taverne, tout Fauquier est convié au tournage :
« Viendrez-vous au dernier show franco-ontarien ? »

À Ottawa, le fonctionnaire répond :
« On manque jamais le festival franco. On écoute toujours CANO. Mais je me plains, donc je suis. »

Et Nino le clown renchérit:
« Fau…, Faux…, Fauquier…? Fuck…hier ! »

Canot de parcours de la vitalité culturelle de l’Ontario français, toutes ces cartes blanches offertes à nos complices, cette invitation à créer, dans le doute, dans l’esprit de la création collective sur le thème de la disparition sont mis en scène avec des trésors d’ingéniosité par une équipe soudée et engagée. André Paiement n’est plus, certes, mais son esprit têtu, souterrain et solidaire perdure.

Les moyens de production, eux, par contre, beaucoup moins. Quand le budget vient à s’épuiser, le réalisateur prend la barre du montage.

Et c’est ainsi qu’un testament d’amour s’écrit.

Le poète fou de zen vide les bouteilles et tape sur une grosse caisse  et ses mots rauques résonnent jusqu’au fond des mines subburoises enfouies sous la maison de Robert Dickson :
« Je suis mon propre ancêtre ! »

Il n’y aura pas de dernier Franco-ontarien, mais il y aura eu, il y a vingt ans, un film fou, un film debout.

Marie Cadieux et Jean Marc Larivière