« Il ne faut plus considérer la série web comme un sous-produit télévisuel, au contraire : la qualité des productions est maintenant très comparable à ce qui se fait en télé. »

Comment peut-on définir la série web au niveau des arts médiatiques ?

La série web est un monde en soi. C’est encore quelque chose qui est mal défini parce que le format et la longueur peuvent varier. La saison 2 d’Abigaëlle est une série de 10 épisodes d’environ 10 minutes alors que notre première saison comptait 6 épisodes de 8 à 6 minutes. Le web donne une liberté de format qu’on ne retrouve pas à la télé tout compte dans les histoires que l’on peut raconter.

Il y a cependant des ajustements à faire parce que maintenant on exige une qualité télé avec des budgets plus restreints, ce qui constitue un très grand défi en matière de production. Par exemple, au niveau de l’écriture, on embauche des scénaristes qui travaillent normalement à la télé. Ceux-ci sont confrontés à des conditions salariales qui diffèrent énormément. Idem pour les techniciens et autres artisans.

Du côté du financement, y a-t-il davantage de possibilités de nos jours?

Il commence à y en avoir de plus en plus de possibilités de financement. Il y a des programmes qui sont mis sur pieds tels que le Fonds des talents à Téléfilm Canada pour la création d’une première série web. Il y en a d’autres options comme Créateurs en série (anciennement le Fonds TV5) qui présente une belle opportunité d’encadrement et fournit une plateforme de diffusion et de visibilité. Le Fonds des médias du Canada a aussi des programmes de financement pour le développement et la production ce qui est la preuve que les bailleurs de fonds réalisent désormais l’importance de ce médium.

Dans quelle direction allons-nous avec la série web?

Elle prend de plus en plus de place puisque les spectateurs reconnaissent ce format. Il ne faut plus considérer la série web comme un sous-produit télévisuel, au contraire : la qualité des productions est maintenant très comparable à ce qui se fait en télé. Certes, le format est différent, mais totalement comparable. Étant donné que les budgets alloués sont environ le tiers de ceux pour la télé, le défi au niveau de l’embauche de l’équipe de production est complexe. Les artistes et artisans s’attendent à des conditions salariales comparables à celles en télé, mais les budgets n’y sont pas. Nous devons négocier individuellement avec chaque personne. Toutefois, je pense que le médium est beaucoup mieux compris au Québec qu’en Alberta. Il faut sensibiliser les auditoires à ce format. Je suis vraiment contente qu’il y ait maintenant une série web francophone en Alberta puisque c’était inexistant jusqu’à présent.

Vous êtes actuellement en postproduction pour la deuxième saison d’Abigaëlle. Est-ce qu’il y a des défis à surmonter en Alberta ?

Il y a une certaine particularité en Alberta tout comme dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il y a peu (ou pas) de production de série web de fiction en français et donc, il est difficile de trouver des équipes de production francophone. La main-d’œuvre est vraiment un énorme défi. Pour les deux saisons d’Abigaëlle, j’ai dû engager un monteur de Montréal avec qui nous travaillons à distance, ce qui est loin d’être une situation idéale. Par contre, puisque c’est le même monteur avec qui nous avons travaillé pour la première saison, il connaît bien la série, les personnages. Lorsque les 10 épisodes de la deuxième saison seront montés, j’irai à Montréal pour peaufiner le tout avec lui. Il faut beaucoup de débrouillardise pour arriver à travailler à distance. J’aimerais éventuellement travailler avec des monteurs d’ici, en Alberta. C’est d’ailleurs l’objectif de la série Abigaëlle : former des gens ici sur le terrain. Par exemple, le scénariste travaille étroitement avec l’autrice franco-albertaine d’adoption Stéphanie Bourgault-Dallaire qui a écrit la trilogie Abigaëlle paru aux Éditions Libre Expression. De cette façon, celle-ci apprend et pourra éventuellement faire de la scénarisation. Notre maison de production embauche aussi des gens du domaine du théâtre pour faire des costumes, par exemple.

Pouvez-vous nous parler du mentorat que vous avez reçu et qui se poursuivra dans le cadre de Plan séquence?

Grâce à Plan séquence, le projet de mentorat, de perfectionnement professionnel et de réseautage du FRIC, je travaille avec un réalisateur mentor, Pierre Houle au développement de la saison 3 d’Abigaëlle ainsi que dans la postproduction de la saison 2. Lorsque je serai à Montréal pour travailler avec le monteur, je pourrai consulter Pierre. Nous avons déjà deux montages « hors-ligne » alors il pourra avoir une bonne idée du rythme. Avoir un coup de main de la même personne pour développer la suite est l’idéal puisqu’il connaît déjà la série. C’est excellent pour mon développement, pour me faire pousser davantage et m’améliorer. Je suis vraiment heureuse de pouvoir travailler ainsi avec quelqu’un d’expérience. C’est une opportunité en or que de pouvoir profiter de ce type de mentorat.

En février, je me rendrai à Montréal pour les Rendez-vous Québec Cinéma où je pourrai établir de nouveaux contacts et faire des rencontres avec mes pairs. Ça me permettra de continuer mon développement dans ce domaine.

La troisième saison, Abigaëlle et la retraite amoureuse va compléter la trilogie. On est présentement en écriture du scénario, en préparation du dépôt de la demande et à la recherche des comédiens.

La saison deux sortira cet hiver, après Noël.

Photos Julianna Damer
Une production de Far West Productions
Pour voir la saison 1