Jocelyn Forgues, vous êtes en train de réaliser votre premier long-métrage, dites-nous comment cela se passe !
Oui, je viens tout juste de terminer mon premier long-métrage à titre de scénariste/réalisateur. C’est une fiction, une comédie romantique ou dramatique, si vous préférez, d’environ 90 min. Elle s’intitule, Noël en boîte, et est produite par SandBay Entertainment et Distinct Features, deux boîtes de production d’Ottawa (Ontario). Le tournage s’est déroulé à North Bay et dans sa région (Mattawa et Powassan) durant les mois de mars et d’avril 2018. L’histoire ayant pour trame de fond Noël, on a dû se dépêcher de tourner les extérieurs avant que la neige ne disparaisse. Heureusement pour moi, Dame nature a régulièrement été de la partie pour blanchir ou reblanchir les lieux. Par contre, les habitants du cru avaient bien hâte que je finisse pour pouvoir profiter des premières chaleurs printanières !

Comment ce rêve a-t-il pu devenir réalité ?
Cela faisait longtemps que je rêvais de réaliser un long-métrage de fiction. Bien que la patience ne soit pas une de mes qualités premières, j’ai très vite compris qu’il me faudrait tout d’abord faire mes preuves avec des courts-métrages. Mes expériences en réalisation de téléséries m’ont également grandement servies. Pour faire une histoire courte, il y a 11 ans, le président du FRIC de l’époque, M. Rodolphe Caron, avait partagé un communiqué de Téléfilm Canada annonçant la première édition d’un nouveau concours d’écriture long-métrage de fiction. Ce programme s’intitulait, Écrire au long de Téléfilm Canada. Pour y participer, il fallait soumettre le synopsis d’une idée originale, fiction, grand public. Il m’est alors venu l’idée d’écrire une histoire plutôt amusante sur une femme qui déteste Noël et qui se voit obliger de subir ces festivités dans une famille pour le moins rocambolesque. Mon synopsis a été l’une des cinq histoires retenues ! J’ai ainsi pu participer à quelques jours d’ateliers à l’INIS et bénéficier de l’avis d’une conseillère en scénarisation pour approfondir mon sujet. Quelques mois plus tard, nous devions déposé un long synopsis avec deux scènes dialoguées. Deux histoires allaient être retenues pour l’étape suivante qui consistait en une première version dialoguée : La Sacrée de Daniel Marchildon (réalisé par Dominic Desjardins et produit par Balestra) et mon Noël en boîte ! Au fil des ans, Téléfilm Canada a continué de m’appuyer dans le développement de mon projet et je leur en suis très reconnaissant. Il y a environ de 2 ans, j’ai eu la chance de rencontrer une productrice incroyable, Sarah Fodey de SandBay Entertainment d’Ottawa. Elle m’a donné confiance en moi et m’a dit, « on essaye ». C’est comme ça que Noël en boîte a pu être mis en « can » et que nous attaquons maintenant la postproduction !

Pouvez-vous nous expliquer les démarches nécessaires à la réalisation d’un long-métrage au Canada ?
Hum, il y a tellement à faire, par où commencer ? En gros, je dirais que le travail de réalisation en fiction demeure le même, quelle que soit la durée ou la plateforme. Dépouillage du/des scénarios, casting, direction artistique (décors, accessoires, costumes, maquillages, chevelures, etc.), choix des artisans principaux (directeur photo, etc.)… Cependant, je dirais qu’en français en contexte minoritaire, il faut aussi savoir aller plus loin que les tâches régulières de réalisation et être prêt à porter plusieurs chapeaux si l’on veut aller au bout de l’aventure.

Quels sont selon vous les principaux obstacles que peut rencontrer un réalisateur francophone en contexte minoritaire lorsqu’il veut mener à bien un tel projet ?
Au cours des dernières années, en travaillant de très près sur les différentes phases du financement de Noël en boîte et durant la préproduction, j’ai acquis un ÉNORME respect pour toutes les personnes qui réussissent à faire un long-métrage de fiction, et qui le mènent à terme. J’ai souvent entendu dire que, « juste réussir à faire un film est un miracle en soi ». Je suis bien d’accord ! Il y a tellement de défis à relever, même lorsque les conditions sont idéales. Chose certaine, les défis sont encore plus grands pour les créateurs des communautés de langues officielles en situation minoritaire.
Je n’en citerais que quelques-uns :
– Trouver un conseiller à la scénarisation qui connaisse et comprenne la réalité de la vie en contexte minoritaire ;
– Convaincre nos investisseurs que malgré nos feuilles de route assez minces en matière de long-métrage de fiction, ils doivent oser nous accorder leur confiance afin de rétablir un juste équilibre de l’investissement partout au pays et nous permettre, ainsi, d’acquérir de l’expérience à travers chaque production ;
– Trouver un distributeur qui sait comment approcher le marché franco-canadien (un marché très différent du marché québécois, selon moi).

Existe-t-il des maisons de production francophones en contexte minoritaire capables de répondre aux normes et aux exigences d’un long-métrage ?
C’est une question piège… Cela dépend à qui l’on pose cette question ! Moi, je dis OUI. Je suis convaincu que nous avons plusieurs maisons de production francophones issues des CLOSM capables de répondre aux normes et aux exigences d’un long-métrage de fiction. Est-ce que les investisseurs et distributeurs sont du même avis ? Il faudrait leur poser directement la question ! J’ai malheureusement souvent entendu dire qu’il n’y avait pas de talents en région avec les reins assez solides pour assumer un long-métrage de fiction que ce soit au niveau de la production, de la scénarisation, de la réalisation, voire même en ce qui concerne le casting ou les artisans derrière la caméra. À ça je réponds, foutaise ! Cependant, tant que le trio de créateurs (producteur, réalisateur, scénariste) ne tiendra pas le même discours, notre situation risque de demeurer inchangée. J’observe tout de même, depuis quelque temps, un rapprochement entre les créateurs issus des CLOSM et je suis persuadé que nous verrons de plus en plus de productions en français dans nos différentes régions au Canada. Apprenons simplement à nous faire confiance et assumons-nous ! Mais pour que ce rêve devienne réalité, il faut également que les producteurs issus des CLOSM soient intéressés par le long-métrage de fiction, car sa production est totalement différente de celle d’une série télé ou d’une dramatique pour le web. La vie d’un long-métrage ne s’arrête pas au moment de la livraison de la copie zéro après la postproduction. Il faut être prêt à s’embarquer dans une aventure qui se poursuit à « perpétuité » (mot qui revient souvent dans nos contrats de scénarisation et de réalisation !).

Combien de maisons de production avez-vous dû contacter avant de trouver celle avec laquelle vous avez décidé de travailler ?
Onze ! Mais permettez-moi de vous expliquer un peu le contexte. Tout d’abord, mon projet s’est étalé de façon sporadique sur 11 ans, et les règles du jeu de Téléfilm Canada ont beaucoup changé et évolué tout au long de cette période. Lorsque vous avez un projet d’écriture qui vient avec des sommes garanties en développement, ça intéresse toujours bien des gens ! Mais est-ce vraiment pour les bonnes raisons ? Dès l’émission du communiqué des résultats du programme Écrire au long de Téléfilm Canada il y a onze ans, j’ai été contacté par cinq maisons de productions de trois provinces canadiennes. On m’avait déjà dit que le choix d’un producteur était comme un mariage et qu’il fallait prendre le temps de bien considérer son choix ! J’ai donc discuté longuement avec ces 5 producteur. trice. s. Après mûres réflexions, une boîte m’a dit qu’elle n’avait pas l’infrastructure pour la fiction en général, tandis qu’une autre boîte n’était pas prête à s’embarquer dans cette longue aventure qu’est le cinéma (versus télévision) et une troisième ne pouvait pas me garantir qu’un jour je serais le réalisateur de mon scénario. J’ai donc fini par choisir une boîte de production près de chez moi. Mais un an plus tard, le responsable quittait l’industrie. J’ai donc repris mes droits d’auteurs et je suis allé cogner à la porte d’une 6e boîte de production avec qui j’ai, pendant quelques années, poursuivi le développement du scénario jusqu’à la 3e version dialoguée. Sur ces entrefaites, Téléfilm Canada a changé certaines de ses règles et cette boîte ne se qualifiait plus tout à fait. (Je résume rapidement.) On m’a donc gentiment remis mes droits d’auteurs et je suis allé voir une 7e boîte qui, après un an, m’a avoué être trop occupée en télé pour poursuivre en long-métrage. Il faut savoir qu’au début du programme Écrire au long, nous DEVIONS nous adjoindre un producteur issu des CLOSM. Mais voilà que Téléfilm Canada, toujours à l’écoute des membres du FRIC, a accepté que nous puissions démarcher des producteurs de longs-métrages de fiction de notre choix, peu importe la langue de leurs productions précédentes. Je suis donc allé voir trois autres boîtes anglophones d’Ottawa, mais je pense que le français les intimidait. Finalement, c’est comme ça que je me suis retrouvé chez SandBay Entertainment !

Pouvez-vous me parler de la thématique de votre long-métrage ?
Noël en boîte est un « feel-good movie », une comédie romantique qui se déroule durant le temps des fêtes et dont le thème principal est l’amour inconditionnel de la famille. Je suis un grand romantique qui aime Noël et pour qui la famille, quelles que soient sa structure et sa composition, demeure un élément central dans nos vies.

À qui avez-vous fait appel pour la conception artistique ?
Mon équipe de producteurs avait déjà travaillé avec un directeur artistique hongrois de la région de North Bay, M. Csaba Kertesz. Lui et son équipe ne m’ont vraiment pas déçu. Je dirais même qu’ils ont su dépasser mes attentes sur bien des détails visuels.

Et comment s’est constituée votre équipe de tournage ?
J’ai été choyé avec de très belles équipes aussi bien devant que derrière la caméra. Mon équipe était constituée de francophones, d’anglophones et de francophiles issus de diverses régions de l’Ontario, dont certains, avaient déjà travaillé ensemble. Après seulement quelques jours de tournage, en discutant avec les membres de mon équipe, je me suis vite rendu compte que pour plusieurs d’entre eux, c’était leur premier long-métrage. Ce point commun nous a rapproché et a favorisé un engagement inconditionnel pour faire de ce projet, une réussite. C’était un petit velours pour moi de savoir que nous partagerions à jamais cette première expérience. J’ai tout fait pour qu’ils gardent de Noël en boîte, des souvenirs mémorables ! Autre détail important à souligner, nous avons tourné dans la région de North Bay où se trouve le Collège Canadore qui offre un excellent programme (en anglais) de Cinéma. Des étudiants de dernière année se sont ainsi joints aux équipes des différents départements. Ça a été une joie pour moi de les voir aussi radieux et impliqués pendant 18 jours de tournage. Tous ces étudiants sont venus me voir à un moment ou un autre pour me remercier de leur avoir permis d’acquérir, avant même la fin de leurs études, une telle expérience professionnelle.

Comment s’est déroulé votre casting ? Pouvez-vous nous dévoiler le nom de vos acteurs principaux ?
De prime abord, je dirais que j’ai réussi à réunir un casting de rêve ! Dès la phase de scénarisation, j’avais déjà pressenti certaines personnes pour certains rôles. Il faut dire que la réflexion en ce qui concerne le casting doit s’amorcer dès les premières demandes auprès d’investisseurs. Comme à cette l’époque, nous n’avions pas encore de distributeur rattaché au projet, nous avions carte blanche pour faire des propositions concrètes ou pressenties. Lorsque les investisseurs nous ont donné plusieurs réponses positives, nous nous sommes sérieusement penchés sur la distribution. Ça nous a pris quelques mois. Nous devions arriver à créer une famille, tout en respectant certains groupes d’âge assez précis afin de répondre adéquatement aux paramètres budgétaires et aux règles de crédits d’impôt incontournables. J’ai donc fait un premier appel sur ma page Facebook, car je savais qu’il y avait plusieurs personnes talentueuses en Ontario que je ne connaissais pas. J’ai demandé aux gens intéressés de m’envoyer leur photo et leur CV. Par la suite, nous avons demandé aux agents et aux acteurs intéressés de nous faire parvenir une vidéo (self-tape) d’auditions pour le personnage de leur choix.

Je les ai regardées une par une et j’ai fait un premier tri. Plus tard, je suis allé à Toronto, Ottawa et North Bay pour faire des auditions, et j’ai fait un deuxième tri que j’ai présenté à mes producteurs et sur demande, à certains investisseurs. Le scénariste (en l’occurrence, moi-même) avait écrit beaucoup trop de personnages ! Il fallait pourvoir environ 15 premiers rôles, de nombreux seconds rôles, etc. ! Mais je suis très fier d’avoir rassemblé une distribution 100 % ontarienne. Croyez-le ou non, le plus difficile pour moi, faute de rôle, a été de devoir faire un choix entre d’excellentes actrices et acteurs de l’Ontario français avec qui je souhaitais travailler. Je suis très fier de compter dans ma distribution de nombreuses personnalités franco-ontariennes comme Janick Hébert (originaire du Nouveau-Brunswick) dans le rôle principal, Zachary Amzallag, la famille Lapierre dont Michèle Vinet, ou encore Stef Paquette, Manon-St-Jules, Micheal Lemire, Olivia Dépatie, Vincent Poirier, Maxime Lauzon, Hélène Dallaire et les incontournables, Pierre Simpson et Anie Richer, pour n’en nommer que quelques-uns ! Ils étaient tellement beaux à voir sur le plateau, on aurait dit une vraie réunion de famille francophone ! J’ai bien hâte de vous les présenter.

Vous avez déjà réalisé 10 jours de tournage sur 18. Pouvez-vous nous en parler un peu et nous raconter quelques petites anecdotes croustillantes ?
Au moment de répondre à ces questions, le tournage est terminé et la postproduction est déjà entamée. Pour des raisons hors de notre contrôle, la production a dû être repoussée de quelques semaines et je commençais à sérieusement m’inquiéter de devoir tourner un film de Noël au printemps. Il faut dire qu’en avril 2017, les gens de la région de North Bay portaient déjà leurs shorts ! Mais Dame Nature a été bonne avec moi et m’a offert tous les deux jours, une nouvelle bordée de neige et ce, jusqu’à la toute fin du tournage ! Nous avons fait, bien entendu, les manchettes locales avec nos décorations de Noël à Pâques dans la rue principale de Mattawa. L’énergie électrisée des membres de la distribution a donné lieu à des improvisations dans bien des scènes humoristiques ou même dramatiques.

Quand sera commercialisé votre long-métrage et où aurons-nous la chance de le découvrir ?
Une chose à la fois ! (Rire) Commençons par la postproduction ! Comme il s’agit d’une histoire avec comme trame de fond Noël, nous visons bien entendu le temps des Fêtes. Tournée événementielle. Festivals. Télédiffusion nationale en 2e fenêtre. L’international l’année suivante. En fait, pourquoi ne visiteriez-vous pas notre page Facebook (Noël en boite) pour suivre nos péripéties et, cerise sur le gâteau, venir nous voir lorsque nous serons près de chez vous ?

Photos MAX FORGUES

Une coproduction de SANDBAY ENTERTAINMENT et DISTINCT FEATURES

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