« Cannes en 3 mots: Inspiration, Rencontres, Passion.»

D’où vous vient votre passion pour le cinéma?

EL : Je suis fascinée par la fiction depuis que je suis toute petite. À cette époque, mes activités préférées étaient de lire des romans, de regarder des films et de m’inventer des mondes fictifs avec des amis imaginaires. J’ai vraiment pu développer ma passion une fois adulte en travaillant pendant cinq ans dans un club vidéo de cinéma de répertoire. J’ai ainsi eu accès à tous les plus grands films et j’en regardais des centaines par année.

Quelle formation avez-vous suivie pour devenir réalisatrice? Et pourquoi avez-vous choisi la réalisation? 

EL : Après mon bac en arts (photo et littérature), j’ai fait quelques courts métrages de façon un peu intuitive. Je sentais bien qu’il me manquait certains outils. J’ai alors décidé de faire un microprogramme intensif en production cinématographique à l’Université de Californie à Los Angeles. Ça m’a permis de toucher un peu à tous les postes, du scénario au montage. J’ai vite compris les tâches que j’aimais faire et celles que j’aimais le moins (ou pour lesquelles j’avais peu de talent!) en production de film. Dans un monde idéal, j’aimerais continuer à être en alternance scénariste, réalisatrice et actrice sur mes futurs projets.

Quels sont vos thématiques et vos genres de prédilection au cinéma?

EL : Comme cinéphile, j’aime vraiment tous les styles! Ça peut aller du film d’horreur de série B des années 80, en passant par le cinéma d’auteur polonais voire même la nouvelle vague française ou encore la comédie hollywoodienne. En tant que cinéaste et surtout scénariste, je suis naturellement plus attirée par ce qui se rapproche de la comédie absurde et fantastique. Des réalisateurs comme Tim Burton, Jean-Pierre Jeunet et John Waters sont de grandes sources d’inspiration pour moi. Mais pour l’instant, je me considère encore en apprentissage et pouvoir toucher à différents styles me permet d’enrichir mon parcours professionnel.

Dans le court métrage Le Fils du capitaine, qu’est-ce qui vous a interpellé dans le scénario et vous a donné envie de participer à cette aventure?

EL : C’était une histoire qui correspondait exactement au genre de cinéma que je veux faire. Cette comédie dramatique avec son côté surréel laissait une large place à une direction artistique super créative, avec les décors et tous les objets loufoques qu’on retrouve dans le film. Le thème de l’abandon familial m’a également beaucoup touchée.

Est-ce votre première expérience d’un court métrage?

EL : Non, j’ai travaillé sur environ huit courts métrages, soit en tant que scénariste, actrice, directrice photo ou réalisatrice. J’en ai également réalisé (ou coréalisé) quatre depuis 2014.

En quoi cette expérience a-t-elle été formatrice pour vous? Qu’en avez-vous retiré?

EL : Chaque court métrage auquel j’ai participé m’a permis d’enrichir ma pratique. Chacun d’entre eux a été une petite école de cinéma. Pour Le fils du capitaine plus spécifiquement, c’était la première fois que je faisais une collaboration à trois, avec Albénie Delacôte et John Jerome. Cette expérience a été très instructive, car j’ai pu saisir l’importance d’un partage clair des tâches et d’une définition des rôles. J’ai aussi beaucoup apprécié le fait de travailler avec des musiciens comme coréalisateurs, car je trouve que la musique est une dimension très importante de l’histoire. Ça m’a d’ailleurs confortée dans l’idée que je souhaitais vraiment mettre plus d’effort sur cet aspect dans mes futurs films.

Est-ce que cette expérience vous a donné envie de vous attaquer à un long métrage?

EL : Oui et ça devrait être mon prochain défi. En effet, j’ai eu la chance de faire une résidence de scénarisation l’automne dernier à Dieppe en France, pour écrire mon premier long métrage. Mon but est donc, pour les mois à venir de trouver des producteurs et du financement pour lui donner vie.

Comment ce court métrage est-il devenu un sésame pour Cannes?

EL : On a postulé au programme Talent tout court de Téléfilm Canada qui envoie chaque année une vingtaine de courts canadiens à Cannes. Les deux coréalisateurs avec qui j’ai travaillé, Albénie Delacôte et John Jerome, l’avaient déjà fait il y a quelques années. Aussi, dès le tournage du film, il est devenu clair pour nous qu’on allait le soumettre. Mais honnêtement, je ne me faisais pas trop d’illusion. Et quand on a reçu le courriel d’acceptation, j’étais pas mal contente et un peu hystérique!

Que pouvez-vous me dire sur l’ambiance à Cannes en dehors des clichés habituels?

EL : C’est vraiment un bel endroit pour un festival, il fait beau et les gens se sentent privilégiés d’être là. Chaque pays représenté à son pavillon sur le bord de mer. Je crois que la proximité avec la mer rend vraiment l’expérience plus relaxe. J’avoue que je m’attendais peut-être à plus de glamour et de stress. Bien sûr, il y a toujours des cinéphiles extrêmes qui courent et bousculent dans les files d’attente pour essayer d’avoir une place à la première d’un film. En soirée pour les tapis rouges, c’est plus cliché, c’est vraiment tout le glamour que l’on voit généralement à la télé.

« C’est un peu ambitieux comme premier long, mais je crois qu’avec de la créativité et de la débrouillardise, il y a toujours moyen de produire ce dont on a envie, même si l’on n’a pas le budget idéal. »

Comment avez-vous vécu cette expérience?

EL : C’était incroyable! Je ne suis toujours pas complètement redescendue de mon petit nuage! C’est comme un rêve! Il y avait tellement de choses stimulantes à faire pour une cinéaste cinéphile. J’ai passé un peu de temps à faire du réseautage sur les terrasses des pavillons du Canada et du Québec. C’est inimaginable le nombre de films qui peut être présenté! La première journée, je regardais l’horaire et j’étais un peu découragée parce que c’était vraiment cornélien de faire un choix parmi toutes les options offertes. Mais, je me suis finalement arrêtée à un long métrage ou une séance de courts métrages par jour. Et c’était amplement suffisant, parce qu’on avait aussi des ateliers, des 5 à 7 et autres activités. Mon horaire était tout de même bien rempli.

Y avez-vous fait des rencontres significatives?

EL : J’ai rencontré beaucoup d’autres cinéastes, programmateurs de festivals, producteurs, acteurs, etc. Je suis certaine que ces nouveaux contacts dans l’industrie me seront tous utiles d’une façon ou d’une autre. C’est sûr qu’à cette étape de ma carrière, j’avais beaucoup de questions pour les producteurs.trices et les cinéastes qui ont fait du long métrage de fiction puisque j’aimerais me lancer bientôt là-dedans. J’ai reçu beaucoup de conseils utiles de leur part.

Est-ce que participer au Festival de Cannes change votre regard sur l’industrie du cinéma?

EL : Non, pas du tout. Au contraire, ça me rassure toujours quand je voyage pour le cinéma de constater que, peu importe le lieu et l’événement, tu as toujours l’impression d’être dans la même famille. C’est certain que l’industrie n’est pas exactement la même à Los Angeles, Cannes ou Moncton. Mais, malgré le fait que cela reste globalement une industrie assez compétitive où il est difficile de se tailler une place, les gens sont toujours super passionnés et travaillent vraiment fort pour pratiquer leur art.

Avez-vous d’autres projets à venir? Et si oui, pouvez-vous m’en dire un peu plus?

EL : J’ai fini une version 1 d’un scénario de long métrage qui s’appelle Rue des Délices, que j’ai écrit lors de ma résidence en Normandie. C’est une comédie absurde qui tourne autour du meurtre d’un psychologue, dans un univers un peu surréel. C’est un peu ambitieux comme premier long, mais je crois qu’avec de la créativité et de la débrouillardise, il y a toujours moyen de produire ce dont on a envie, même si l’on n’a pas le budget idéal. Je suis actuellement en contact avec des producteurs qui ont lu mon scénario, et on verra bien où cela pourra me mener!

Si vous deviez définir le Festival de Cannes en 3 mots, quels seraient-ils?

EL : Inspiration, Rencontres, Passion.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de ce 70e Festival de Cannes?

EL : Mon meilleur moment est sans nul doute la première de Twin Peaks, qui est ma série télé préférée de tous les temps. David Lynch est un réalisateur que j’admire et qui m’inspire énormément. Je n’aurais jamais pensé réussir à avoir des billets pour le tapis rouge, mais quelqu’un a annulé à la dernière minute et j’ai pu y aller! David Lynch et l’acteur principal étaient à la projection et pleuraient à la fin. Ça m’a vraiment frappée de voir comment, quelqu’un d’aussi reconnu, avec une carrière prodigieuse, est encore aussi ému de présenter son œuvre publiquement.