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Entretien avec Francine Hébert
Par Isabelle Rhéaume

Capter l’intimité d’une famille avec un téléphone intelligent

Une famille particulière

Composée de deux parents et de trois filles, la famille LeBlanc, est bien connue dans son patelin à Bathurst. Non seulement pour leur autosuffisance alimentaire – ils ont déjà passé deux ans sans faire l’épicerie grâce à leur fermette, mais aussi pour la musique qu’ils font ensemble.

Cette famille multi-instrumentiste fait de la musique traditionnelle acadienne ensemble depuis 2013. Le père a fait beaucoup de recherches pour retrouver et ressusciter ce type de musique francophone partout dans la province du Nouveau-Brunswick, en Gaspésie et même jusqu’aux Îles de la Madeleine.

Robin : Piano, violon et podorythmie

Rébecca : Chant et percussion avec broches à tricoter sur le violon

Charlotte (11 ans) : Violon, chant et podorythmie

Rosalie (10 ans) : Concertina, chant et podorythmie

Mélodie (8 ans) : Flûte, chant et podorythmie

Tourner un film en solo

La réalisatrice Francine Hébert connaissait cette famille et a toujours su qu’elle ferait un bon sujet de film. Les LeBlanc avaient déjà fait un premier voyage musical en France aux alentours de 2013-2014 pour participer au Festival Les cultures du monde de Gannat, festival reconnu par l’UNESCO. La réalisatrice se disait que cet événement spectaculaire aurait dû être capté. Elle a donc fait des demandes de subvention pour documenter l’aspect musical de la famille, sachant qu’elle repartait en France bientôt. Une première subvention d’artsnb lui a permis d’entamer son projet, qu’elle a autoproduit.

Comme la bourse n’était pas suffisante pour couvrir les frais de voyage de toute une équipe (caméraman et preneur son), la réalisatrice a décidé qu’elle utiliserait son iPhone et un petit enregistreur audio pour faire son film en solo.

À partir de mars 2019, Francine a tourné pendant 13 jours des images de la famille qui se préparait rigoureusement pour les spectacles. Elle est partie en France avec les cinq membres de la famille en juillet 2019 où elle a fait 10 journées de tournage auprès d’eux.

À son retour, grâce à une bourse de la part du Conseil des arts du Canada, elle a pu s’attaquer au montage. L’ONF a aussi financé la finition du film grâce à l’ACIC.

Avantages et défis de tourner avec un iPhone selon la réalisatrice

Avantages

L’équipement est des plus compact et léger donc beaucoup moins de fatigue physique après une journée de tournage.

Il y a de plus en plus de festivals de films consacrés aux téléphones intelligents, surtout en courts-métrages.

Ce type de tournage fait grandement apprécier le travail des artisans qui œuvrent derrière la caméra, à comprendre le processus et l’importance d’être bien entourée.

Cela permet d’avoir accès à des moments d’intimité, ce qui n’aurait pas été le cas avec toute une équipe de tournage.

Défis

Le son n’est pas optimal, donc un défi lors du montage puisqu’il y a des prises de son qui ne sont pas utilisables.

Il n’y a pas beaucoup de texture à l’image.

L’application utilisée (Filmic Pro) ne met pas les fichiers en ordre chronologique lorsqu’ils sont téléchargés, ce qui a rendu le montage moins efficace.

À refaire?

Malgré les défis que comporte un tel projet, la réalisatrice n’hésiterait pas à répéter l’expérience. Toutefois, elle s’aventurerait peut-être avec une meilleure caméra du type DSLR.

À voir!

Le film a officiellement été lancé en septembre 2020 lors du FIN Atlantic International Film Festival à Halifax et a ensuite été programmé au festival Cinémental à Winnipeg. Il a été projeté au festival FICFA ainsi que présenté à travers le Canada par CinéFranco.

Photos Francine Hébert et Myriam Brugel
bande-annonce du film